07/02/2010

Souvenirs, souvenirs...

Quand Flandria damait le pion à Zundapp

Bonjour!

Un texte très drôle lu chez Amadeus (clic!), ainsi qu'un commentaire de Tony (re-clic!) posté dans ce dernier des salons littéraires, ont passé un coup de plumeau sur des souvenirs un peu ternis. Ceux-ci sont redevenus réels à mes yeux l'espace d'un instant, aussi clinquants que neufs.

J'étais à l'Athénée. De voiture, il ne pouvait être question (ni l'âge, ni l'argent). Restaient les motos de 50cc - des Flandria - qui, à l'époque, montaient à 110/120 compteur. J'étais donc allé trouver mes parents, leur expliquant qu'une petite moto, c'était tellement mieux (déjà) que les trams poussifs (encore) et sales (toujours) de la Stib. D'ailleurs, tous les copains (ou presque) en avaient une, les filles ne lorgnaient plus que ces cavaliers des temps modernes, et rien ne donnait un regard plus aimant (pour les parents) ou plus brillant (pour les mignonnes) que le vent de la course dans les yeux.

flandria record 50cc de 1969

Nonnonnonetnon, fut leur réponse. Ils se montrèrent inébranlables, même après la mise en route du Plan 9 Venu de l'Espace ("souvent sur le métier tu remettras l'ouvrage"), même après que je fusse allé travailler pendant mes vacances de Pâques afin de rassembler l'argent nécessaire pour payer l'acompte - et un peu plus.

Non! "Je ne t'ai pas élevé jusque là pour te perdre au coin d'une rue" me dit ma mère, pendant que je couvrais ses mots d'un "Pas grave! Je vais l'acheter et la cacher dans un garage loué incognito" et que mon père menaçait "Si tu reviens avec une moto, je prends un marteau et je l'explose!"

Zut : il en était capable, le pas bougre!

Je me suis donc dit que me payer une moto neuve, c'était prendre un risque démesuré. Suis allé demander conseil à un copain, roi de la bidouille et de la contrefaçon. Il en était à sa quinzième machine, au moins, en un an et deux redoublements.

"Aucun problème, me dit-il. Tout ce que tu dois faire, c'est ne pas tomber sur un truand. Comme moi. Au début, je me faisais piéger à tous les coups. J'achetais des machines tonitruantes, qui pétaient les flammes de l'enfer jusqu'à ce que je les amène chez moi. Là, bizarrement, les lions se transformaient en vieilles biques. Et rétives, en plus. Malintentionnées. Capricieuses. Belles au Bois Dormant sans Prince Charmant pour les réveiller. Vieilles carnes qui attiraient les coups de pied. Abominables cauchemars et vide-portefeuilles. Mais depuis, j'ai compris. Mes machines ne valent rien, mais je le sais et je m'en fous. Désormais, c'est moi qui arnaque les autres. Quand le moulin ne mouline plus, je le requinque avec un petit coup d'éther dans le réservoir. Tu devrais voir l'effet! D'un coup, les haridelles prennent le mort aux dents. Rigole pas, j'ai bien dit : le mort! Elles se découvrent des âmes de jeune vierge farouche. Elles répondent à la première caresse donnée à l'accélérateur, s'enflamment, se cabrent, le rouge leur monte au pot, il suffit d'appuyer un peu et crac! C'est parti! Il faut s'accrocher pour ne pas être largué au premier virage! L'éther, c'est souverain, mais ça use le moteur. Impossible de le faire biberonner ça longtemps. Il faut le réserver au moment où on décide de se séparer de la bête. Et si le candidat acheteur n'est pas tombé de la dernière pluie, qu'il connaît le coup et se méfie, il vaut mieux utiliser autre chose. Car l'éther pue, c'est indéniable. Les gaz d'échappement empestent la pharmacie. Y a que les anosmiques qui s'y laissent prendre. Dans ce cas, j'utilise les boules de naphtaline. Dans le réservoir. Même effet. Mais plus radical encore. La dernière rossinante que j'ai fourguée, j'avais invité l'acheteur aux étangs d'Ixelles. Bourrée de paradichlorobenzène, elle était toute fringuante, prête à cramer la route. Il s'est assis sur le siège, derrière moi. On a parcouru le kilomètre départ arrêté en battant des records olympiques. Vert de peur, mais tout tremblant de plaisir aussi, il m'a payé le prix convenu. J'ai compté l'argent, suis parti. Des copains l'ont vu démarrer, faire un demi-tour d'étang. Ils ont entendu le moteur couiner. Puis caler. Le type a poussé la Flandria jusque chez lui...

-Mais pourquoi fais-tu ça?

-Parce que c'est comique. Et puis, parce qu'une bonne 50cc d'occasion, ça n'existe pas."

J'avais un autre copain, moins fou. Tous les six mois, je le voyais enfourcher une autre mob. Il en semblait satisfait. Je lui ai demandé conseil.

-"Moi, tu sais, je les paie rien du tout. 500 francs. Y a pas moins cher. Je ne me fais pas d'illusions : je ne m'attends pas à ce qu'elles battent des records de vitesse. Pour les choisir, j'ai mes petits trucs. Si elles répondent à mes critères, je les prends. Je roule avec six mois, puis je les revends. 500 francs. Y a pas moins cher, je te l'ai dit. En six mois de temps, elles sont vraiment arrivées en bout de course. Mon successeur aura quelques frais, dont j'ai fait l'économie. C'est ma recette du bonheur motocycliste."

Conclusion : j'ai encore attendu un peu avant de me motoriser.

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Commentaires

Les Flandria n'ont pas trop eu la quote en Wallonie. C'était plutôt les japonaises qui faisaient le bonheur des boutonneux. Quelques fifis à leur papa roulaient en Zündapp déjà refroidies par eau... mais trop chères à trafiquer. Pour conquérir le marché hollandais, Flandria montait des pédales sur les 50cc, accessoires indispensables à l'homologation "cyclomoteur" au Pays-Bas. Nous les Wallons, on trouvait que ça manquait de dégaine à cause des pédales.
Mes parents non plus ne voulaient rien entendre, je restais un cyclomotoriste clandestin... puis seulement autorisé à rouler autour d'un parc tout proche. Mais ils cédèrent enfin. Cet été, à la vente de ma dernière Ducati Monster, ils se sont sentis soulagés de ce que je ne roule plus qu'en Sicile... mais je viens d'acheter une BMW... pour un peu changer et c'est la reprise du stress...
La moto, c'est un virus... j'avoue me sentir soulagé que mon fils soit indifférent. Mais sans les "2 roues", ma jeunesse aurait été ennuyeuse.
Si ça te passionne, jette un petit coup d'œil...
http://honda-ss50.skynetblogs.be
Ce cyclo a été vendu en Espagne... son homologation là-bas a coûté 800€ à l'acheteur!

Écrit par : Tony | 07/02/2010

La MOB… Le BROM… Eh oui, cher AS, merci pour les souvenirs. J'ai réparé des motos à 18 ans pour me faire de l'argent de poche. Mais mon frère qui a repris le "commerce" (et nous étions sérieux! pas escrocs!), avait monté un piston légèrement plus haut dans sa CB50 Honda. La compression était terrible. Ça tenait quelques centaines de km avant de planter les soupapes soudées dans le piston. Cette dernière étape se passait généralement devant le combi des flics avec son radar multinova. Pourquoi? Parce que la contredanse qui suivait chez les parents devenait l'attestation officielle du record de vitesse battu auprès des copains. Air consterné de mon frère devant le père mais satisfaction et jubilation devant les copains… Comme quoi, les flics avec leurs radars ça peut servir!
Ah… c'était un temps où on faisait de la mécanique et où on pouvait encore rouler. Moi, j'ai vendu ma dernière 350 de week-end le jour où une bonne femme au volant d'une Passat m'a sciemment envoyé valser rond point Montgomery à Bruxelles… Un coup de volent méchant, pure méchanceté!
Sinon, j'ai adoré la moto avec laquelle j'en ai fait des km entre 18 et 23 ans…
Merci pour ces souvenirs.

Écrit par : Amadeus | 07/02/2010

Bonsoir Tony et Wolfgang, ce sont vos article et réaction qui ont amené ces réminiscences. C'est donc à moi de vous remercier.

(Tony, un collectionneur de vieilles cages de mes connaissances me l'a bien dit : "Avec les vieilles voitures, j'ai toujours perdu de l'argent. Mais avec tout ce qui tourne autour..."
Et ça, tu le savais! ;o)

Écrit par : l'as | 08/02/2010

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