05/03/2010

Panhard PL 17 : souvenirs personnels (4)

Fichier:Panhard PL17 002.jpg

Bonjour à toutes et tous!

(Voici la suite et... fin?)

Mon père continua à rouler, ne nous arrêtant à Nancy - je crois - que pour acheter de quoi apaiser notre faim. Puis, plus loin, encore de l'essence (même si le bicylindre à plat de la Panpan était extrêmement économe pour l'époque). Arrivés à Bâle, nous passâmes la frontière sans aucun problème : ce n'était pas encore l'espace Schengen, nous n'étions ni biométrés ni pucés, mais les Suisses avaient le respect des personnes, et même des touristes.

L'ambiance dans la voiture était extrêmement joviale. Mon père ne le disait pas, mais je crois que ce voyage involontaire l'amusait énormément. Nous blaguions et riions tout le temps. Nous ne nous arrêtâmes même pas à Bâle, ni à Berne, pour vérifier que je pourrais enfin monter dans ce fichu train : nous avions désormais plus d'une heure de retard.

Finalement, la Panhard monta péniblement la route assez raide, et aussi pleine de lacets qu'une guêpière de la Belle Epoque, qui menait à Kandersteg. Il était temps : le soleil s'essoufflait à l'horizon. La lumière rougeoyante de son Grand Coucher étendit l'ombre de la voiture jusqu'au bâtiment, que je connaissais depuis l'année précédente, lorsque nous nous arrêtâmes enfin sur son parking de pierres. Tandis que nous sortions valise et sac de la voiture, trois personnes affolées vinrent aux nouvelles : Mme Vandersmissen - l'épouse du directeur de la colo - M. Belge (un nom pareil, ça ne s'invente pas : c'était un grand type mince, instit de profession, et l'un de ceux qu'on n'appelait pas encore des Gentils Organisateurs), et une des dames sans qui les enfants ne pourraient rester longtemps à Kandersteg : une cuisinière.

-"Que se passe-t-il, monsieur? demanda Mme Vandersmissen à mon père.

-Mon fils a raté le train ce matin, madame. Je l'ai conduit jusqu'ici. J'espère que nous ne sommes pas trop en retard sur les autres...

-Oh, non! Personne n'est encore là. Mon mari m'a téléphoné. Le train a été arrêté en gare de Bâle, pour une raison inconnue. Il a pris deux heures de retard. En vous voyant vous garer devant le bâtiment, nous avons pensé qu'il s'était passé quelque chose de grave. Mais en fait, vous êtes les premiers arrivés!"

Mon père se mit à rire, à rire, pendant cinq bonnes minutes. Je l'imitai sans vraiment savoir pourquoi. Le soulagement, peut-être? Ou le sentiment confus de l'ironie du sort?

Qu'arriva-t-il ensuite?

Trois quarts d'heure plus tard, des bus s'arrêtèrent sur le parking. Les enfants portèrent leurs bagages dans leurs chambres, dans un joyeux brouhaha, puis tout le monde se retrouva au mess. Mon père fut convié à partager notre repas du soir, à la table des directeurs. Après s'être fait raconter comment nous étions arrivés ici, M. Vandersmissen, prêt à le loger, lui demanda ce qu'il comptait faire.

-"Je repars à Bruxelles après avoir mangé. J'ai du travail demain, et je ne peux pas le remettre," lui expliqua mon père.

Et il fit exactement ce qu'il avait déclaré. Il partit après le dîner, roula toute la nuit, arriva à Bxl au petit matin, se lava, changea de vêtements, prit un bon café (peut-être même deux), et travailla toute la journée.

Ne vous avais-je pas dit que c'était un dieu?

Commentaires

Un papa bien sympa! Quel périple!
Il devait vachement tenir à ce que tu sois content pour être si déterminé.
En grognant moins que ce fameux dimanche où il accepta de lasser ses chaussures pour t'emmener au sommet de Bruxelles...
;-)
Que ne ferait-on pas pour nos gosses?

Écrit par : Tony | 05/03/2010

Bonjour Tony, j'imagine que ça l'amusait. Je pense qu'il n'était pas dupe : il ne pouvait croire qu'il rattraperait le train. Et pourtant, si nous avions su pour Bâle...

Mais il m'aimait beaucoup aussi, tu as raison.

Écrit par : l'as | 05/03/2010

Merci de nous avoir fait partager ce magnifique souvenir. Impérissable !

Écrit par : Karl | 05/03/2010

quel souvenir la caserne la colo les parents vandersmissen kandersteg que du bonheur

Écrit par : joseph brisart | 26/09/2011

Mes meilleurs souvenirs de jeunesse , Kandersteg puis Champéry....Noel et Paques avec le lyçée Jaquemin .
La punission suprème était d' etre privé de colo....

Écrit par : serge litvine | 19/09/2012

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