27/03/2010

Brève histoire des voitures Delage 1905 - 1954 (4)

(suite et fin de 1, 2 et 3 : clic!)

Mais finalement, les participations aux grands prix coûtèrent bien trop cher à la marque. Vu l'état de ses finances, elle dut arrêter les compétitions. En 1928, aucune nouveauté ne fut adjointe à la gamme Delage. Heureusement, la DM se vendait bien et cela permit de renflouer les caisses.  

cette delage dm6 est un modèle rarissime de 1930. ses lignes très allongées

Delage DM6 de 1930


Les ingénieurs maison mirent enfin au point en 1929 ce qui resterait pour beaucoup le modèle le plus emblématique de la marque, par sa beauté et son luxe : la fameuse D8. Equipée d'un 8 cylindres de 4 litres, déclinée en deux versions : grand luxe ou sport, elle fut interprétée par les plus grands carrossiers de l'époque et remporta de très nombreux prix dans les concours d’élégance.

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D8 120 Pourtout

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Mais le ver était dans le fruit. La crise économique toucha l'Europe de plein fouet en 1931/32. Les modèles haut de gamme en pâtirent les premiers et Delâge fut obligé, pour combler les trous dans sa trésorerie, d'emprunter beaucoup d'argent en 1932.

Au salon de cette année-là, la D6-11, véhicule moins coûteux, sortit en catastrophe, pendant qu’un moteur d’avion Delage était présenté au salon de l’aviation. Malgré ces essais audacieux visant à trouver de nouveaux débouchés, la situation devint très délicate. Pour survivre, Louis Delâge tenta de se rapprocher de Peugeot pour la partie commerciale, mais essuya un refus. Il essaya également de s'associer à Gnôme et Rhone pour la fabrication elle-même, mais cette dernière firme repoussa également son offre.


Delage D6-11

 

Au salon de 1933, il tenta d’élargir sa gamme à moindres frais en ajoutant ou en enlevant deux cylindres au moteur six cylindres de la D6-11. Ces deux versions furent nommées D4 et D8-15. Mais les clients connaissaient les difficultés financières de l'entreprise, et ils n'avaient plus confiance. Les ventes furent donc décevantes.

Pendant que Michelat se lançait rapidement dans l'étude de nouveaux modèles, les D6-65, D8-85 et D8-105 équipés de nouveaux moteurs et d’un train avant à roues indépendantes, Delâge n'arrivait pas à sortir du rouge. Il fut obligé de fermer en 1935.

Walter Watney, alors concessionnaire Delage entre autres, acquit la marque et négocia le rachat de l’entreprise. C'est Delahaye - un autre grand constructeur français de voitures de prestige - qui fut le nouveau repreneur. Watney resta propriétaire du nom pendant deux ans de plus, avant de tout céder.  

Dès lors, de nombreux éléments mécaniques Delahaye furent utilisés pour fabriquer les nouvelles Delage, la D6-70 seule conservant la base du moteur « Michelat ». De nouvelles 8 cylindres spécifiques à Delage furent équipées d’un moteur Delahaye auquel on avait rajouté 2 cylindres. Ces D8-100 et D8-120 aux belles carrosseries, qui avaient conservé tout ce qui avait fait la force de Delage : la qualité de construction, la beauté des formes et le silence de fonctionnement - allaient retrouver un accueil favorable.

A défaut d'avoir encore ce qui avait fait leur particularité : un esprit hors du commun, les Delage redevinrent les reines des concours d’élégance.

De son côté, la D6-70 fut bien accueillie, avec des versions sportives parallèles aux 135 MS de Delahaye. Une version 3 litres permit de renouer avec la compétition et obtint un certain succès aux 24 Heures du Mans (4ème en 1937 et 2ème en 1939).

Hélas, tout fut à nouveau stoppé par la deuxième guerre mondiale.

Après la fin de la guerre, la firme Delage échappa aux licences d’achat. Le constructeur devait rester dans la catégorie des fabricants de voitures dites « exceptionnelles » sur le marché français, tout en étant tenu d’exporter pour ramener des devises à l'état français, ruiné. Pour simplifier la production, seule la D6 3 Litres se trouvait au catalogue, presque inchangée.

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D6-70

Du côté sportif, la D6 3 litres reprit aussi du service, brillant sur les circuits après des remises à niveau mineures, du Mans à Montlhéry.

 

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Delage D6 3 litres de 1946

 

 

Mais l’influence américaine se fit bientôt sentir en Europe. On passa aux carrosseries « ponton », qui étaient très peu aimées de la plupart des carrossiers français, à cause de leurs lignes lourdes et empâtées. Comme la mécanique tardait elle aussi à évoluer face aux productions étrangères (comme celle de Jaguar, par exemple), le luxe automobile français se vendit de plus en plus mal.

En 1954, Delahaye allait à vau l'eau. Avant d'être contrainte à la faillite, la firme fut rachetée par Hotchkiss. Cette cession signa la mort de la marque Delage.


 
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Commentaires

Comme en Belgique ! Quand on voit l'histoire de cette marque, il me vient à l'esprit ce qu'il s'est passé avec les constructeurs belges : beaucoup de constructeurs, de talent, de compétences, et finalement, à l'heure actuelle, plus personne ou presque pour occuper ce marché.

Pourquoi la France (et la Belgique) n'a pas pu ou voulu conserver un constructeur automobile de luxe et performant ?

Actuellement, il n'y a aucune voiture française capable de croiser le fer avec les productions allemandes ou anglaises sur le marché des berlines luxueuses et sportives ...

Écrit par : Intimidator | 27/03/2010

Cher As,
Tu connais l'engouement des jeunes pour les courses de "stock-cars".
Delâge aurait pu terminer ses fabrications par quelques exemplaires pour ce marché, mais en version "de luxe", pour princes royaux et autres notables.
Tu imagines les carambolages de voitures pilotées par des émirs du pétrole?
Passe un bon dimanche,
Amitiés

Écrit par : Armand | 27/03/2010

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