01/05/2010

Opel Anvers : à 400 millions d'euros, sa fermeture est-elle un cadeau?

 

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Bonjour!

"La fermeture d'Opel Anvers coûtera 400 millions d'euros" lis-je sur le site d'un journal en ligne.

"C'est la firme General Motors elle-même qui a fait cette estimation, en se basant sur le coût des 2.600 emplois supprimés dont les titulaires recevront une indemnité de préavis. Une partie des travailleurs doit quitter l'entreprise pour la fin juin selon le plan social approuvé. Les syndicats et le gouvernement flamand recherchent un éventuel repreneur pour l'usine."

Voilà les faits bruts.

Lorsque je lis un article dans la presse généraliste (et que j'en ai le temps), j'aime aussi consulter les avis des lecteurs (miracle d'internet : nous pouvons prendre connaissance d'une partie de ce que pensent nos compatriotes).

Dans ce cas-ci, j'ai trouvé :

1) deux personnes qui faisaient de l'humour;

2) une autre qui soulignait le fait que grèves (et syndicats?) n'avaient servi à rien en l'occurence;

3) une dame qui rattachait cette fermeture à la "crise" politicienne belge et montrait son respect de l'autre communauté linguistique en parlant d' "aboyer" flamand plutôt que de le prononcer, pour enfin fantasmer en imaginant nos compatriotes du nord obligés de se rendre bientôt à la soupe populaire ;o) ;

4) et enfin (1er mai oblige?) quelqu'un qui écrit :

"Je compatis à la détresse de tous mes compatriotes travailleurs et de leurs familles qui perdont leur emploi malgré leurs compétences et leur dévouement, par la faute de spéculateurs capitalistes de cette maudite multinationale à qui je souhaite un coût EXORBITANT et une image à ce point dégradée qu'elle courre à la faillite par défaut de clientèle ! Et que ces actionnaires soient définitivement RUINES !"

 

Cette réaction ne manque pas de m'étonner.

- Que veut dire exactement ce commentateur, lorsqu'il parle de dévouement et de compétences utilisés en vain? Les travailleurs de GM Anvers n'étaient-ils pas payés pour ce qu'ils faisaient? Et même pour ce qu'ils ne feront plus? N'avaient-ils pas été formés par GM, à ses frais, et ne se faisaient-ils pas rémunérer plus cher pour cette formation qu'ils avaient reçue? N'étaient-ils pas libres de se mettre en grève (montrant par là les limites de leur "dévouement")? N'étaient-ils pas libres de mettre fin avant son terme à leur contrat de travail? Pourquoi, alors, le constructeur ne pourrait-il en faire de même?

- Sont-ce bien des "spéculateurs capitalistes" qui ont ruiné l'ex-premier constructeur mondial de véhicules automobiles? Ne seraient-ce pas plutôt les intenables charges de pension de son personnel, que GM a accepté de supporter à une époque où les affaires étaient meilleures? (authentique : j'en avais déjà parlé ici IL Y A TROIS ANS!) En plus d'une gamme en partie dépassée? Gamme obsolescente, entre autres, à cause de l'intrusion de l'état américain dans sa conception, par les réglementations américano-américaines et les limitations de vitesse qu'il a imposées, et par son protectionnisme larvé?

-Le coût de fermeture exorbitant que le commentateur souhaite à GM est un fait réel et prévisible. Connaissant parfaitement celui-ci, si l'entreprise US (en faillite reportée grâce aux milliards de l'état américain) s'en tient à sa décision de fermer Opel Anvers, c'est que le prix à payer pour garder l'usine ouverte est beaucoup plus important que celui de sa fermeture. Aucune personne raisonnable ne perd de l'argent volontairement.

Cette réalité, d'ailleurs, jette une lumière trouble sur les compétences et le dévouement que le commentateur prêtait a priori aux employés de GM Anvers.

- La dégradation commerciale de l'image d'Opel que ce brave homme souhaite n'est rien d'autre qu'un voeu pieux : nous l'avons vu avec la fermeture de Peugeot Belgique (qui n'a rien coûté en pertes de ventes à Peugeot), de Renault Belgique (idem) et la sortie de Volkswagen de Forest (idem, aussi). Contrairement à ce que souhaite ce monsieur, les acheteurs de voitures ne se soucient pas de l'image syndicale du constructeur de leur futur véhicule, mais plutôt de ce qu'il leur propose - et c'est tant mieux! Car sinon, nous en serions encore à pousser des Trabant ou des Moskvitch (et non Moskva, comme me le fait justement remarquer notre ami Karl)   ;o)

- Enfin, ne comprend-il pas que si les actionnaires de GM étaient ruinés pour sauver les 2 600 employés d'Anvers, cela signifierait que le constructeur le serait aussi, et que conséquemment des centaines de milliers de travailleurs de par le monde (peut-être même leur nombre excéderait-il le million) se retrouveraient sans emploi? Couler tout le navire pour garder une seule de ses chaloupes un peu plus longtemps à flot, est-ce raisonnable?

Heureusement, les réactions épidermiques de ce monsieur ne représentent pas la réalité, car la destruction d'emplois et d'usines n'augmente pas l'offre de travail.

Pour "sauver" Opel Anvers, il aurait été plus intéressant de se demander à temps quelles raisons objectives avaient déjà poussé Peugeot et Renault à quitter le Belgic et l'iceberg qui le coule. Car s'il y a encore de l'emploi à préserver, c'est désormais du côté de Ford Genk et d'Audi Forest qu'il faut regarder.

Avant tous les autres.

Commentaires

Moskvitch... et non Moskva ! Il y a des années, j'ai fréquenté à Koekelberg une imprimerie "du parti" dont le camarade directeur roulait en Moskvitch 412.
Non, pas l'Ecluse. IFC c'est "Immobilière Fédérale de la Construction" une émanation des Assurances Fédérales constituées en SA en 1947.

Écrit par : Karl | 01/05/2010

Bonsoir Karl, Moskvitch, bien sûr. Tu as raison.
J'ai écrit un peu trop vite Moskva (qui est le vrai nom de Moscou).

Écrit par : l'as | 01/05/2010

Problème très vaste Bonsoir l'As,

Le "cas" Opel, s'il n'est pas le premier en Belgique risque bien de ne pas être le dernier si les polytocards qui "tentent" de nous diriger ne changent pas de cap très rapidement !

Cette fermeture annoncée était inéluctable, malheureusement pour tous les travailleurs de cette usine, et les causes sont variées :

- ultrapuissance syndicale, même les allemands ont dû se mettre au pas ...
- comme tu le dis, une gamme Opel qui n'arrive plus à créer l'évènement, cette marque ne fait plus que suivre le mouvement ...
- un pouvoir politique flamand, se croyant sans doute en Floride ou en Californie, qui n'a rien vu venir ...
- un groupe automobile, GM, bien que malmené ces derniers temps, qui n'avait pas d'autre choix que de couper une branche malade. Ceci dit, en passant, GM va certainement dans un laps de 5 années redevenir le No1 mondial grâce à sa rapide remise à niveau technologique, surtout avec ses marques américaines et coréennes ...

Écrit par : Intimidator | 02/05/2010

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