10/06/2010

Euthanasie en Belgique : 50% des morts non demandées

Les législations sur l'euthanasie en Europe en mars 2008, alors que l'affaire Chantal Sébire relance le débat en France

Bonjour!

Un article dans la presse anglaise nous l'apprend : 2000 personnes par an meurent en Belgique à la suite d'une euthanasie (elles sont donc 2,5 fois plus nombreuses que les décès attribués à des accidents "de la route"). Un sondage effectué auprès des infirmières chargées de l'euthanasie indique que la moitié de ces morts a été infligée sans demande ni consentement des personnes concernées. (Document original lisible ici)

Ces morts assistées sans consentement seraient essentiellement administrées par un cinquième des infirmières impliquées dans ce processus, alors que, selon la loi belge, seuls les médecins peuvent euthanasier lorsqu'il y a demande explicite et décision de justice.

Est-ce surprenant?

Non.

Je n'ignore pas qu'un certain nombre de ces infirmières sont confrontées à des situations poignantes, où il leur est difficile de ne pas prendre position, ou d'accéder à ce qu'elles pensent à raison ou à tort être une volonté non exprimée du souffrant. Néanmoins, ça me rappelle une histoire - vraie comme toutes celles que je raconte, car il ne sert à rien d'inventer ou de mentir.

Il y a quelques années, une jeune étudiante en dernière année d'infirmerie m'a rapporté ceci :

Dans le service de l'hôpital Saint Pierre auquel elle avait été affectée dans le cadre de son stage se trouvait une vieille femme atteinte d'Alzheimer. Celle-ci était clouée au lit toute la journée, mais ne gênait personne. Enfin presque... Elle était incapable de se retenir, et les infirmières étaient donc régulièrement obligées de la toiletter et de changer ses draps. Elle avait un autre gros défaut : personne ne venait la visiter. Pas de famille pour prendre de ses nouvelles.

Un jour, l'infirmière en chef dit à son élève :

-"Tout à l'heure, tu feras une intraveineuse de morphine à la patiente numéro X, tu sais, l'Alzheimer.

-Euh... je n'ai pas le droit de faire ça, vous ne l'ignorez pas.

-Ce n'est pas grave : c'est moi qui t'en donne l'ordre, et tu dois m'obéir.

-Pourquoi lui administrer de la morphine sans prescription médicale? Et en quelle quantité?

-Tu lui donneras 1 gramme en solution. Je te la fournirai.

-Mais ça va la tuer! Je n'en ai pas le droit.

-Tu refuses? Ce n'est pas grave : quelqu'un d'autre le fera à ta place."

Le lendemain, la vieille était morte. Et ce que je raconte se passait dans les années 80, bien avant que l'euthanasie n'eût été légalisée en Belgique.

L'immoralité, l'indifférence, l'égoïsme et la mesquinerie tuent plus sûrement que la route.

Commentaires

Un renseignement, stp. Comment meure-t-on après une telle injection?
Que sait-on précisément du déroulement du "départ"?
Merci.

Écrit par : Tony | 10/06/2010

Bonjour Tony, pour ce que j'en sais : perte de connaissance, puis insuffisance respiratoire suivie de mort.
C'est donc relativement doux.

Écrit par : l'as | 10/06/2010

No comment ! Bonjour l'As !

Et que se passe-t-il dans certaines maisons de repos, dans certains centres gériatriques, dans certains centres de prétendus soins palliatifs ??? du reste, ce que tu nous racontes ici ne m'étonne guère ... Alors qu'on nous vend l'allongement de l'espérance de vie comme une prétendue bonne nouvelle. Une vie "rallongée" par rapport à celles de nos parents ou grand-parents ne vaut d'être vécue que si nous ne sommes pas des légumes ou des assistés permanents ... Dans un pays aussi socialement en retard que la Belgique je crois que l'allongement de la durée de la vie n'est pas une bonne chose.

Écrit par : Intimidator | 10/06/2010

Cher As,
Dans certains hôpitaux, on soigne "à la chaîne".
Un Alzheimer prend beaucoup de temps qui ne peut donc pas être consacré aux autres patients...
Cela peut induire des tentations.
J'ignore si certains cèdent à cette "facilité" et ne veux surtout pas le savoir!
Amitiés

Écrit par : Armand | 10/06/2010

Ouais… Salulas, l'as,
J'aurais bien aimé que le médecin soit là pour "achever" une amie morte l'été passé d'un cancer du pancréas qui la faisait énormément souffrir. Son compagnon était là. Il la veillait jour et nuit. Un jour, il arrive dans la chambre… elle était attachée parce qu'elle souffrait trop et dérangeait les infirmières… Il l'a détachée. Une amie infirmière a regardé les doses de morphine: beaucoup trop faibles… Mais le médecin était en week-end… et personne ne pouvait prendre la responsabilité d'arrêter ses souffrances. Alors, mon ami est allé chercher un interne en fin d'études et lui a demandé d'en finir, ce qu'il a fait. Les infirmières n'osaient pas "à cause des nouvelles lois"… disaient-elles.
Voilà où nous en sommes…
Il vaudrait mieux que les infirmières aient encore le courage mettre fin aux jours de ceux qui ne vivent déjà plus… que sur un moniteur cardiaque. On soulage bien les souffrances possibles des mères en permettant l'avortement! Et je suis d'accord. Il faut faire de même avec les malheureux en fin de vie. Et je préférerais que ce soit bien encadré que de s'en laver les mains et arriver aux situations que tu décris très bien…

Écrit par : Amadeus | 10/06/2010

Ok, As, c'est doux. J'insiste un peu, pardonne mon ignorance de ce sujet qui me préoccupe un peu.
Donc, pour revenir au départ "doux" provoqué par la morphine. A-t-on à ta connaissance "mesuré" qu'il n'y avait pas de souffrance cérébrale, par exemple au moment de l'insuffisance respiratoire?
Est-on certain que le patient ne s'accroche pas à la vie?
Merci.

Écrit par : Tony | 10/06/2010

Bonsoir Tony, la perte de conscience est presque immédiate, comme lorsqu'on est anesthésié pour une opération de chirurgie. Le reste n'existe plus.

Écrit par : l'as | 10/06/2010

Tout est toujours, malheureusement, un problème de limite.... Ceci dit, je suis surpris: un gramme de morphine suffit pour t'expédier dans l'autre monde...mais alors qu'est ce qu'ils fichent dans les exécutions aux States ?

Écrit par : Bernard | 13/06/2010

Je souffre depuis l'enfance d'un problème congénital grave situé dans la colonne vertébrale. Depuis plus de quatre ans le mal s'est aggravé, je suis diminué physiquement et moralement, en plus viennent s'ajouter des problèmes d'ulcères à l'estomac, sans doute provoqués par le stress permanent. Ce qui est paradoxal, c'est quand je suis dans mon lit que je souffre le plus, insomnie etc... Je sui obligé de prendre des sommnifères et malgré cela je dois me lever fréquement pour essayer d'atténuer la douleur. Comment dois-je procéder pour demander d'être euthanasié? Je ne puis supporter de vivre dans ces conditions. J'aurai bientôt 65 ans et j'en ai marre de supporter ces douleurs.

Écrit par : fontanari | 19/04/2011

Les commentaires sont fermés.