03/08/2006

Stats : au royaume des maths incertaines...

Ce sont les places arrière qui comptent le moins de morts en cas d'accident, m'apprend un article de journal aux conclusions pour le moins douteuses. Ces dernières sont basées sur une étude réalisée par la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), qui a passé en revue tous les accidents ayant eu lieu aux States entre 1990 et 2001, et dans lesquels, outre le conducteur, au moins deux passagers étaient impliqués avec au moins un décédé.

Il en ressort que le Top des décès est réservé au conducteur, ensuite à la place passager avant, et enfin aux sièges arrière, qui - nous dit-on - comptent 21% moins de morts que les précédents.

Même si d'un point de vue logique on ne peut rejeter a priori des études se focalisant sur un seul paramètre (ici, l'occurence des morts par place occupée), néanmoins, les critères retenus ne sont pas raisonnables, et ne peuvent que mener à ce qu'on appelle humoristiquement des mathématiques biscornues.

En effet, outre le fait qu'on ne précise pas le type de véhicules impliqués (voiture? coupé? 4x4? van familial?), on ne nous en dit pas plus sur les places effectivement occupées par les victimes. Or, dans une berline standard, au moins 4 sièges sont disponibles - et on ne nous parle que de 3 personnes impliquées (le conducteur plus "au moins deux passagers"). Il est donc clair qu'on accorde une importance démesurée à la quatrième place inoccupée - puisqu'elle ne peut nécessairement compter aucun décès.

Dans le même ordre d'idées, il est clair que les deux places avant sont occupées de préférence. Il est donc naturel qu'en cas d'accident par choc frontal entraînant des morts, ce soit là qu'on en trouve le plus. C'est d'ailleurs ce fait constant mal interprété qui est responsable du mythe de la "place du mort" : puisque c'est là qu'on trouve le plus souvent un passager, il est naturel que ce soit là aussi qu'on relève le plus grand nombre de PASSAGERS tués.

D'autre part, on ne nous en dit pas plus sur ce qui s'est passé dans l'autre véhicule impliqué. Dès lors existe un risque de confusion entre les victimes comptées dans l'un et dans l'autre.

Mais, comme l'indique l'auteur de l'article dans une pirouette finale, "En Belgique, sur 1.000 victimes d'accidents graves (blessés et morts), on dénombre 23 conducteurs tués, pour 16 passagers avant et 13 passagers arrière. Pour l'IBSR, ces données justifient d'attacher systématiquement les enfants à l'arrière, même s'ils peuvent désormais, dans certaines circonstances, voyager à l'avant."

La bonne question à poser était : dans ces mille accidents, combien impliquaient des voitures comptant un seul voyageur - le conducteur - et combien en comptaient quatre?

Mais les bonnes questions ne semblent jamais pertinentes à ceux qui se croient investis d'une mission : seule la répétition des mantras leur paraît salutaire.